Les huiles estérifiées expliquées à mes cops…

Puisqu’on ne nous dit pas tout. Que les terminologies utilisées dans l’industrie cosmétique (sur les packagings notamment) ne sont pas toujours très claires, trop scientifiques, trop floues ou pleines de subtilité. Génération Cosméthique lève le voile sur certains aspects pour vous ! L’autre jour, une de mes amies me demandait « mais c’est quoi la différence entre une huile végétale et une huile estérifiée ?« . Si le premier terme est souvent utilisé, l’autre se fait plus discret. On le retrouve plutôt sous ses nombreuses dénominations INCI mais sans nous dire ce dont il s’agit réellement. Aujourd’hui, c’est donc avec vous que je vais partager la réponse faite à ma copine, en (re)prenant ma casquette de chimiste et en y ajoutant une bonne dose de démaquillant… 😉 Cap sur les huiles estérifiées !

 

Définition d’une huile estérifiée
Une huile estérifiée (HE) est une huile végétale* (HV) qui a été transformée via une réaction chimique dite d’estérification : en clair, HV a été mélangée avec un autre ingrédient (I) comme tel : HV + I = HE. J’suis sure que ça vous rappelle votre période d’avant bac 😉 En fait, il s’agit de la réaction entre les acides gras de HV et les alcools de I, plus particulièrement des alcools gras ou des polyols (comme le glycérol) : ces derniers pouvant être naturels ou synthétiques (pétrochimiques, issus du pétrole). Cette réaction se fait souvent à chaud et avec l’ajout de solvant synthétique (pour l’accélérer et augmenter son rendement, c’est à dire la quantité de HE formée). Une huile estérifiée fait ainsi partie des matières premières trouvées sous la dénomination « ingrédient d’origine naturelle ou végétale ».

* Si vous souhaitez en savoir davantage sur les huiles végétales, je vous recommande de lire cet article que j’ai moi-même écrit sur le blog d’une marque : Les huiles végétales, de précieux élixirs pour la peau

 

Quelles sont alors les différences entre l’huile estérifiée et l’huile végétale ? Suite à cette définition, on comprend donc aisément – sans être chimiste – qu’une huile estérifiée est une toute nouvelle huile qui n’a plus rien à voir avec l’huile végétale d’origine : au niveau de sa structure chimique, de sa composition active (qui lui confère son efficacité et les propriétés bénéfiques pour la peau) et de sa « naturalité ». Premièrement le chauffage a « grillé » les principes actifs de l’huile végétale, deuxièmement les propriétés originales de cette dernière ont été « diluées » (ou perdues), de la même façon que son efficacité pour la peau. Et troisièmement, elle n’est plus totalement naturelle entre les résidus de solvant et les ingrédients I qui sont intervenus dans la réaction.

Une huile végétale pure ou vierge (qui n’a pas subi de transformation) est donc plus qualitative que sa version estérifiée en raison de la présence de ses molécules actives et de l’absence de solvants synthétiques. Conclusion, dépourvue des vertus de l’huile végétale d’origine, une huile estérifiée n’apporte donc pas grand chose à la peau, pour ne pas dire RIEN !

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Mais alors pourquoi sont-elles autant utilisées dans les produits cosmétiques ?
Il y a trois raisons à cela :

> leur faible coût. En fait, elles sont souvent produites à partir de l’huile de palme (ou de coco) de façon industrielle (et non mécanique comme les huiles végétales vierges ou pures) dont le coût est très bas. Sauf que l’utilisation à outrance de l’huile de palme est responsable d’une déforestation massive, notamment en Asie du Sud-Est (Indonésie, Malaisie) et en Afrique (Cameroun, RDC).

> leur facilité d’utilisation dans les produits cosmétiques. Liquides à température ambiante (oui car certaines huiles peuvent être solides comme l’huile de jojoba), ces huiles sont faciles à mélanger au reste de la formule : elles sont incorporées dans la phase huileuse des crèmes, sans nécessiter de chauffage. Dans certains cas, elles sont utilisées pour assurer la stabilité des crèmes ou leur conservation. Ex : le dicaprylyl carbonate (issu de l’estérification de l’huile de coco), que l’on retrouve par exemple dans les produits Nivéa. Dans ce cas-là, je dirais pourquoi pas, c’est mieux que des conservateurs nocifs !

> le toucher qu’elles procurent aux formules. Certaines apportent un toucher digne de celui des silicones (ou des huiles minérales sèches), en termes de douceur et de facilité d’étalement. Elles sont plus fluides et pénètrent mieux que les huiles végétales, et elles ont un fini non gras supérieur à ces dernières. C’est ainsi qu’elles sont très utilisées dans les produits cosmétiques bio dont les labels interdissent les catégories précédemment citées.

Pour toutes ces raisons, les huiles estérifiées sont utilisées en grande quantité dans les produits cosmétiques, crèmes notamment. Avec un bas prix de revient pour les industriels, c’est tout bénèf…sauf , sauf qu’elle ne sont pas top top, ni pour la peau ni pour l’environnement (pour les éléments évoqués plus haut) !

Comment les repérer sur vos packagings ?
Utilisées à des pourcentages élevés, elles sont généralement en tête des listes INCI. On les retrouve sous les dénominations suivantes :

> Caprylic Capric Triglyceride
> Coco Caprylate Caprate
> Decyl Oleate
> Dicaprylyl Ether
> Isopropyl Palmitate
> Octyldodecanol
> Oleyl Erucate
> Oleyl Linoleate

Par quoi peuvent-elles être remplacées ?
Dans l’industrie cosmétique conventionnelle, on leur préfère les silicones, les huiles minérales ou de paraffine (issues du pétrole). Dans la cosmétique bio, on les utilise à loisir pour substituer ces dernières. Mais l’idéal reste d’utiliser des huiles pures n’ayant subi aucune transformation. D’ailleurs certains label les refusent, comme Nature & Progrès, le BDIH les limitent à 10%, quand Cosmebio les accepte. Il convient alors de tester des mélanges d’huiles végétales pures, en cherchant le meilleur équilibre entre huiles grasses et huiles sèches jusqu’à obtenir un toucher optimal ! Tout est une histoire de choix (pour les conso) et de patience (pour les formulateurs).

Faut-il totalement les supprimer ?
La question peut paraître inutile après tous les arguments que je viens d’évoquer. Mais, car il y a toujours un mais, rien n’est tout blanc ni tout noir, il y a toujours un entre deux et une juste mesure. Dans la cosmétique comme dans la (vraie) vie, tout se dose (raisonnablement) pourvu que cela ait du sens. Un produit qui contient 3% d’huiles estérifiées pour des raisons de toucher, de stabilité ou de conservation contre un produit qui en contient 20% pour le seul motif de coût formule, ce n’est pas la même chose ! Bien-sûr que l’idéal est de n’avoir que des ingrédients « utiles » à la peau mais si ces 3% peuvent aider l’aspect cosmétique (faute de mieux), pourquoi pas !?!? On utilise bien des conservateurs naturels qui n’apportent rien à la peau, qui ne font que protéger les formules (et nous surtout) et qui plus est, sont allergisants, non ? Donc tant que c’est fait avec parcimonie (ou avec Monique ;), c’est acceptable, reste à faire mieux…

Sources : Oolution, DeNovo, La Nature dans la peau, La vérité sur les cosmétiques et mes connaissances de chimiste & ex-formulatrice

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