Les 10 lois du karma de la beauté naturelle

A l’occasion des Beesday #4 du mardi 20 novembre dernier, nous avons abordé la question de la cosmétique bio. Parmi les différents intervenants que j’ai eu le plaisir d’introduire à cette soirée, Sauveur Fernandez, fondateur de l’agence L’Econovateur, spécialisée en éco-innovation, marketing et communication responsable. Cet expert des produits verts et naturels nous a présenté ce qu’il juge être les 10 points essentiels d’une consommation responsable de produits cosmétiques naturels, issus du Livre vert de la cosmétique bio : comment s’y retrouver ?*

Sauveur nous a alors livré ses 10 lois du karma de la beauté naturelle, que je souhaiterais partager avec vous et ponctuer de mon avis personnel. Mais tout d’abord qu’est-ce que le karma ?

Selon l’encyclopédie participative Wikipédia, le karma est une loi cosmique d’origine indienne qui désigne communément le cycle des causes et des conséquences liées à l’existence des êtres sensibles. Il est la somme de ce qu’un individu a fait, est en train de faire ou fera. En d’autres termes, tout ce que nous faisons à une résonance quelque part dans le monde, à l’image de l’effet papillon : une loi qui tend à nous responsabiliser quant à nos actes d’achat et de consommation.

# 1 : La meilleure cosmétique est dans votre assiette…et votre tête !

La peau est une éponge à toxines dont la qualité révèle sans pitié les excès de notre style de vie. Ainsi, pour une beauté saine et durable, il est préférable de veiller à une alimentation équilibrée,une hygiène de vie correcte, un mental serein, en évitant les bains de soleil abusifs.

Mon avis : Cela va de soit, il n’y a plus qu’à…

# 2 : Exiger un label bio officiel, même si ceux-ci sont perfectibles

L’heure est au greenwashing : une dose de vert sur le packaging, une touche de pelouse sur la pub, un discours bien rodé sur la naturalité et le tour est joué ! Welcome dans le pays du greenwashing où la capitale cosmétique y trouve de nombreuses vitrines. Pour le contrer, il est recommandé de préférer des labels reconnus tels que Cosmebio, BDIH, Nature & Progrès…et de rechercher des marques qui vont au delà des normes officielles (pourcentage d’ingrédients…).

Mon avis : En effet, les labels (re)connus sont de bonnes garanties, un passage obligé pour être distribué et crédible. Nature & Progrès est d’ailleurs mon préféré pour son caractère particulièrement exigeant, son éthique marquée et son côté participatif (retrouvez un article à ce sujet, ici). Tout de même de façon générale, il est important de se renseigner sur les marques qui les arborent car cela n’empêche pas certaines de frauder en passant sous silence des méthodes hors labels. J’émets un petit bémol quant au label, car les toutes petites marques n’ont souvent pas les moyens de se le payer, alors que leurs pratiques peuvent se révéler bien plus nobles que d’autres. A prendre avec des pincettes cependant et ne pas généraliser. Encore une fois, bien se renseigner avant d’adhérer…

# 3 : Comment est fabriquée ma crème ?

Sous cette question, plusieurs notions à comprendre : quels sont les ingrédients qui la composent mais également et surtout quels sont les procédés de fabrication de ma crème et de ses ingrédients ? En effet, les marques indiquent seulement la composition des produits à travers la liste des noms INCI puisqu’il s’agit d’une obligation légale. Mais il est à garder à l’esprit que la transformation est une étape délicate et qu’une marque de qualité devrait citer ses process de fabrication.

Les étapes de transformation des matières premières (celles qu’on retrouve aussi par ex sous la dénomination « d’origine naturelle ») incluent les conditions (température de chauffage, refroidissement, pression, durée de la transformation…), l’addition de solvants, l’élimination de produits obtenus mais non désirés, etc., pouvant altérer la qualité des ingrédients et par suite celle du produit fini.

Mon avis : En tant qu’ancienne formulatrice de produits cosmétiques, je confirme ces propos. Et j’ajouterais que les terminologies floues telles que « d’origine naturelle » ne devraient pas être autorisées ou alors explicitées aux consommateurs ! Par ailleurs, toutes les marques devraient avoir un glossaire sur leur site internet expliquant les termes INCI en français car la compréhension de la cosmétique ne devrait pas être réservée aux chimistes.

# 4 : Au delà de la crème, choisissez aussi l’entreprise

L’entreprise est l’âme de votre produit. Intéressez-vous à son histoire, ses engagements concrets pour le social et l’environnemental. Sachez-vous poser les bonnes questions : lieux de fabrication, origine des matières premières…

Mon avis : Je partage complètement cet avis qui est à la base même de ce blog et ce que j’exprime à chacune de mes amies qui me demandent leur avis sur un produit. Au delà du produit, de sa composition, naturelle ou pas,c’est également l’éthique de la marque qui est à prendre en compte et son approche globale. C’est pour cette raison que ce blog regorge d’histoires de marques qui permettent de se faire une opinion sur ces dernières à travers divers aspects, chacun d’entre nous ayant ses critères d’importance. Et celui qui revêt ma plus grande attention est la transparence car à partir du moment où une marque nous dit tout (même si c’est jusqu’ici rarement totalement le cas, on s’en approche avec Fun’Ethic), nous sommes seuls responsables face à nos choix, pourvu que des alternatives existent, bien-sûr.

# 5 : Commerce équitable ou solidaire ?

Et si achetez bio ne suffisait pas ? Y ajouter une dose d’équitable ou solidaire. Il est préférable de privilégier les matières végétales récoltées en France et en Europe. Il est à noter que la tendance va à un commerce équitable à deux vitesses : celui réalisé avec les pays étrangers (Nord/Sud) et celui au niveau local (Nord/Nord) qui tous deux tendent à valoriser le développement social et économique (voire environnemental) des communautés impliquées.

Mon avis : La plupart des produits cosmétiques regorge d’ingrédients puisés aux quatre coins du monde, soit parce qu’ils n’existent pas dans nos contrées, soit car les enseignes veulent revendiquer le caractère exotique de leurs cosmétiques. Il est tout à fait raisonnable de s’approvisionner avec des matières premières locales contribuant ainsi à soutenir les agriculteurs de nos terroirs, mais l’importation d’ingrédients du sud permet aussi aux paysans de ces pays de s’émanciper. Les deux démarches sont donc ainsi à valoriser, après il appartient à chacun de privilégier l’un ou l’autre, de doser les aspects environnementaux, sociaux et économiques qu’il revêt.

# 6 : Où achetez et à qui ?

La démocratisation des circuits de distribution (GMS) est à priori une bonne chose (comprendre grande distri, supermarchés). Il est peut-être néanmoins recommandé de privilégier les distributeurs spécialisés et les marques alternatives, souvent les plus engagés, à l’instar de Naturalia, Biocoop ou Mademoiselle Bio.

Mon avis : En effet, la grande distri participe à la démocratisation du bio par exemple, qui profite aux petites bourses car les circuits alternatifs pratiquent souvent des prix plus élevés. Mais comme pour le choix des marques, les enseignes de distribution ont aussi leur histoire et leur historique à regarder avec attention. Il est d’ailleurs intéressant de se poser la question des différences de prix, qui parfois s’expliquent par le niveau de qualité de la démarche. Les  circuits-courts qui devraient être moins onéreux ne le sont pas toujours pour la simple et bonne raison qu’ils offrent, pour la plupart, un niveau de garanties supérieures : fraîcheur des ingrédients, une origine connue, des méthodes de récoltes et de cultures partagées avec les conso, etc. La qualité a un prix ! De plus dans les enseignes spécialisées, on a le privilège de recevoir les conseils avisés du personnel.

# 7 : Recherchez les secrets cachés de la nature

Ne pensez pas qu’à vos rides, intéressez-vous aux secrets incroyables de la nature, longtemps oubliés. Découvrez l’ayurveda, les élixirs floraux, la biodynamie, la notion totum de la plante...

Mon avis: De façon générale, si vous voulez mieux/bien consommer, intéressez-vous à ce que vous consommez et aux alternatives, ne subissez plus le marché, ce n’est pas lui qui fait la loi, c’est vous en achetant (ou pas) !

# 8 : Les pièges de la nouveauté à tout prix

Méfiez-vous du réflexe consumériste « c’est nouveau donc c’est meilleur ». Sachez être fidèle à une marque, une fois la perle rare trouvée (toutes les marques ne se valent pas).

Mon avis : Emportée par la promotion du moment ou la nouveauté, on achète encore et encore sans se poser de questions. Décodez donc les dessous de la nouveauté annoncée pour savoir ce qui se cache derrière les belles formulations marketing et achetez préférentiellement ce dont vous avez besoin, ce que votre peau réclame. Des propos que l’on retrouve dans la slow cosmétique de Julien Kaibeck. Lié au point #4, si une marque répond à vos attentes, pourquoi ne pas la privilégier ? Parce que notre appétit insatiable en redemande, alors cherchez une autre perle rare et boudez les autres. Je ne préconise pas forcément la fidélité (aux marques) car il existe plusieurs acteurs responsables sur le marché, difficiles à départager et qui sont tous à encourager. Choisissez donc avec votre coeur et non votre porte monnaie et votre soif de conso impulsive 🙂

# 9 : Participez !

Soyez bien plus qu’une simple consommatrice, engagez-vous ! Faites des critiques positives, allez voir votre marque sur place. Donnez de vous en donnant sur place.

Mon avis : Je ne pourrais pas dire le contraire puisque c’est ce que je fais avec ce blog en allant rencontrer les acteurs du marché. Seule la co-construction nous permettra de faire avancer et changer les choses…A bon entendeur !

# 10 : Place au plaisir et au rêve vrais !

Laissez la marque vous faire rêver et vous raconter des histoires mais veillez cependant à ce qu’elle ne vous raconte pas d’histoire !

Mon avis : Pas évident de déjouer les stratèges marketing, mais même sans regarder de plus près, on ne va quand même pas continuer à croire jusqu’à la fin des temps que les produits nous font rajeunir ou éliminent nos kilos superflus. Plaisir et rêve sont à la base de l’industrie de cosmétique : on aime toutes et tous se faire du bien avec nos produits et ce qu’ils évoquent. Cela ne signifie pas pour autant faire preuve de crédulité. Alors peut-être que l’on peut continuer à prendre du plaisir et rêver sans en attendre d’improbables vertus. A vous de voir.

Le jugement final

Je partage pleinement les 10 conseils du karma de la beauté naturelle de Sauveur Fernandez que je synthétiserais ainsi : Pour éviter de se faire berner par l’offre au naturel, il est important d’être curieux et de regarder au delà du produit et du packaging. Nous sommes tous et toutes responsables de nos actes de consommation, donc si notre volonté est de consommer mieux, il n’en tient qu’à nous de se poser les bonnes questions, de chercher à connaître les dessous de la machine à produire et de l’inciter à faire autrement. Arrêtons de se contenter de critiquer les marques et devenons nous aussi acteurs du marché de demain !

* Ouvrage de Françoise Morillon, publié en 2008, que l’on retrouve dans notre bibliothèque.

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