L’éco-conception de mon gel douche expliquée à mes cops…

Si le terme « éco-conception » est bien connu des industriels de l’univers de la beauté, j’ai remarqué qu’il n’en était pas forcément de même pour les consommatrices de produits de beauté. C’est pourquoi j’ai décidé d’y consacrer un article, ça permettra aussi à mes cops qui me posent la question « mais c’est quoi concrètement ? » de mieux comprendre. Donc aujourd’hui les filles, nous allons aborder une thématique incontournable dans l’univers de la cosméthique : l’éco-conception. En quelques mots et à travers l’exemple du gel douche, nous allons voir ensemble ce qui se cache derrière ce terme. Après ça, vous serez incollable sur le sujet et vous pourrez frimer auprès de vos cops !

L’éco-conception, c’est quoi ?
En fait, il s’agit d’imaginer (boulot des marketeurs) et de créer (boulot des formulateurs en laboratoire, soit la R&D) un produit (ou un service) à travers une approche respectueuse de l’environnement. Non, non, pas forcément des produits bio, je vous vois venir ! Il y a des tas de manière de préserver dame nature, vous allez voir.

Pour cela, on va s’intéresser à l’impact environnemental du produit (c’est à dire les effets néfastes qu’il occasionne sur la nature) sur toute la durée de son cycle de vie, de manière à réduire toutes ses sources potentielles d’impacts. On fera ce que l’on appelle une analyse de cycle de vie (ACV). Késako me direz-vous ? Minute, j’vous explique !

Le cycle de vie d’un produit, c’est l’ensemble des étapes qu’il traverse au cours de son existence, depuis l’extraction des matières premières qui vont le composer jusqu’à sa fin de vie. A titre de comparaison, nous, les humains, on traverse « des années » au cours de notre vie, depuis le berceau jusqu’à la tombe, et bien pour le produit, c’est (presque) pareil, sauf que lui, il traverse « des étapes » au cours de sa vie. Mettons nous en situation avec un produit du quotidien, le gel douche. Son cycle de vie comprend les différentes étapes suivantes :

 

 

cycle_de_vie

 

 

A chacune d’entre elles, l’objectif de l’ACV est de se poser un certain nombre de questions (et les bonnes si possible) sur les sources potentielles d’impact environnemental du gel douche afin de chercher à les minimiser autant que faire se peut. Selon le choix de l’entreprise, on s’intéressera notamment à la consommation d’eau, d’énergie, de ressources, aux émissions de CO2, à la toxicité, aux pollutions et aux déchets générés. Est-ce que jusque là vous me suivez ? Oui ? Non ? On va dire que oui. Reprenons alors les étapes de la conception de notre gel douche et posons nous les questions à chaque étape :

> L’extraction des matières premières, c’est à dire les ingrédients qui vont servir à fabriquer le gel douche, qu’ils soient synthétiques ou naturels. A ce stade, on se posera toutes les questions relatives au choix des matières premières que l’on fait et pas seulement à leur mode d’extraction. On se demandera bien-sûr comment elles ont été extraites, avec quelle quantité d’eau, avec quelle énergie (fossile ou renouvelable) et en quelle quantité (idem dans la cas où elles vont subir des transformations, soit pour les purifier, soit pour leur donner de nouvelles propriétés), etc, mais pas que. On se demandera aussi :

> quel type de matière première va-t-on utiliser, synthétiques ou naturelles ?
> dans le cas de ces dernières, quels types d’engrais ont été utilisés pour les cultiver ?
> sont-elles sont renouvelables ou pas ?
> d’où elles viennent (de quel pays) ?
> comment elles vont être acheminées jusqu’à l’usine/labo (quel moyen de transport) ?
> si leur extraction a un impact sur la biodiversité (avec l’exemple de l’huile de palme et de la déforestation), etc.

> La fabrication du produit, c’est à dire l’étape de fabrication du gel douche à grande échelle en usine (mais il ne faut pas oublier qu’on a aussi formulé le gel douche en labo au préalable, et que ça nous a valu maintes essais avec eux aussi des impacts à prévoir). Donc ici, on se demandera quel type de processus utiliser (la chimie verte représentant l’option la plus écologique) : quelle a été la consommation d’eau, d’énergie, quelle quantité de déchets a été générée, combien d’émissions de CO2, le caractère polluant des solvants utilisés, etc.

Dans le cas du gel douche, comme il est composé entre 80 et 95% d’eau, il faudra se poser des questions sur les 20 et 5% restants, mais tout aussi bien, on pourra se demander en amont, comment utiliser moins d’eau dans la formule ? Et oui parce que l’eau, ce n’est pas une ressource inépuisable et puis elle pèse après au moment du transport, et ça c’est pas bon en termes d’émissions carbone ! De plus, on utilise de l’eau déminéralisée (eau à laquelle on a retiré des ions pour éviter qu’ils n’interagissent avec les autres ingrédients de la formule ou les matériaux de la cuve de fabrication) : elle a donc subit un traitement consommateur d’énergie et émetteur de CO2. Idem dans le cas des eaux florales qui résultent de la distillation à la vapeur d’eau.

> Le transport du produit, c’est à dire le (ou les) moyen(s) de transport utilisé pour l’acheminement du gel douche du lieu de fabrication vers le lieu de distribution (usine de fabrication/magasin de vente). Là, on se demandera notamment combien d’émissions de gaz à effet de serre (GES) ou de CO2 le moyen de transport choisi a-t-il généré ? Selon que l’on acheminera le produit par avion ou par bateau, on aura des impacts plus ou moins importants.

> La consommation du produit, là c’est le moment où vous et moi, on intervient, car c’est la phase où l’on utilise le produit et croyez moi, souvent c’est à ce niveau là que l’impact sur l’environnement est le plus grand ! Ici, on étudiera un peu tous les aspects, consommation d’eau et d’énergie, déchets, pollution et émissions de GES générées.

Dans le cas du gel douche, c’est justement cette phase qui est la plus dure pour dame nature. J’vous explique. Comme il s’agit un produit qui nécessite l’utilisation d’eau chaude (donc ça vaut pour tous les moussants, shampooing, gel nettoyant visage, …), la facture carbone douille à la fin des comptes, un peu comme celle de votre conso d’eau et d’énergie à la fin du mois, si vous restez 10 plombes sous la douche..! D’où l’intérêt double de prendre des douches rapides pour économiser notre portefeuille et notre crédit carbone 😉 D’ailleurs, plus votre produit sera moussant, plus l’étape de rinçage durera, d’où l’intérêt de faire des gels douche qui moussent raisonnablement, pas besoin de transformer la cabine de douche en soirée mousse !

> La fin de vie du produit, à cette étape, il y a deux options (quand nous, pauvres humains, nous n’en avons qu’une !), à savoir la mise en décharge (l’enfouissement) ou le recyclage, ce qui vaut bien-sûr uniquement pour le packaging, puisque le contenant, on l’a déjà utilisé ! Donc plus, le fabricant choisit au préalable des matériaux biodégradables (à base de canne à sucre, bien qu’ils occasionnent d’autres problématiques), recyclés ou recyclables, plus l’impact environnemental sera faible.

A l’issu de cette ACV où toutes les bonnes questions ont été abordées et les impacts environnementaux potentiels évalués, on regarde comment les minimiser au maximum pour créer un produit tout propre, c’est à dire le plus « vert » possible. Enfin ça ne veut pas dire grand chose ça, c’est le jargon des marketeurs, donc on dira plutôt, un produit qui a eu le moins d’impacts négatifs sur l’environnement, pour être précis ! Et puis, on passera à l’ACV sociale. Et oui car la création de produits cosmétiques a de nombreux impacts sociaux/sociétaux, auxquels on ne pense pas toujours au moment d’acheter ses produits ! A bonne entendeur, salut !

Laisser un commentaire