L’Eau Mohéli rend hommage à l’ylang ylang des Comores, #rencontre avec le parfumeur

Aujourd’hui, c’est un voyage au cœur des îles Comores que je vais vous proposer en partant à la découverte de la dernière eau florale de Diptyque, Eau Mohéli. Créée par la maison de compositions parfumées, Givaudan, leader dans son domaine, cette eau de toilette réenchante la fleur d’ylang ylang, issue de leur programme de sourcing éthique. Plus qu’un énième parfum qui rejoint le marché des odeurs, Eau Mohéli rend hommage à toute une communauté locale sur l’île éponyme grâce à un partenariat engagé des deux maisons de parfum. Cette eau redonne ainsi ses lettres de noblesse à l’ylang ylang avec une note authentique qui invite à découvrir les richesses de cette île des Comores. Et en la signant, Diptyque initie son engagement pour la préservation de son patrimoine. J’ai eu l’occasion de rencontrer le créateur de cette senteur, Olivier Pescheux, qui m’a raconté son histoire, depuis la récolte jusqu’à la vente dans les enseignes Diptyque. Asseyiez-vous donc confortablement, attachez vos ceintures, décollage imminent pour les Comores…

A l’origine de cette création, l’envie pour Diptyque d’enrichir sa collection d’eaux florales. Olivier Pescheux, nez chez Givaudan depuis près de 15 ans, leur propose alors de travailler une eau autour de l’ylang ylang, « surtout pour l’intérêt de la note et la démarche éthique derrière l’ingrédient« , me confie le parfumeur. L’enseigne parisienne est tout de suite séduite par l’idée, tant par la proposition du créateur qui souhaite traiter de manière différente l’ylang ylang, que par le programme que Givaudan a développé sur l’île de Mohéli.   

A la découverte de l’authentique fleur d’ylang ylang

 

Pour faire découvrir l’odeur authentique de la fleur d’ylang ylang, « je voulais travailler non pas sur le côté solaire, oriental, vanillé/coco, associé à la plage, cet aspect traditionnel de l’ylang ylang, telle qu’elle est souvent interprétée, mais je voulais plutôt restituer l’odeur de la fleur dans son élément naturel » m’explique Olivier Pescheux. « Et dans cet esprit, sa senteur est plus verte, croquante, épicée, poivrée » continue-t-il. Pour s’imprégner de l’odeur et pour comprendre la filière d’approvisionnement de l’ylang ylang aux Comores, le parfumeur et Myriam Badault, en charge du développement chez Diptyque, s’envolent pour l’île de Mohéli. « Au delà de la création que la marque souhaitait réaliser, Diptyque voulait également savoir comment s’engager dans notre programme éthique, c’est pourquoi il était essentiel que l’on se rende sur place« . 14 heures de vol plus tard, les voilà à quai, Myriam Badault va découvrir la teneur du programme mis en place par Givaudan, sur l’île de Mohéli dans l’archipel des Comores.

Les enjeux de l’ylang ylang sur l’île de Mohéli

 

Olivier Pescheux m’explique alors qu’il existe plusieurs problématiques autour de l’ylang ylang.  » Tombée en désamour à cause de sa qualité adultérée, l’essence d’ylang ylang ne rend aujourd’hui plus hommage à la fleur et sa délicate senteur« . Les communautés locales qui distillent des tonnes de fleurs pendant toute l’année ne se rendent pas bien compte de l’utilisation que les parfumeurs en font par la suite, et procèdent à des mélanges d’huiles végétales et d’essence, altérant ainsi la qualité et l’aspect olfactif du produit. « L’idée de ce programme est donc de travailler directement avec les fabricants, sur la qualité de l’essence, mais aussi de donner un prix juste aux personnes impliquées dans le processus de distillation, de la cueillette à la sortie de l’alambic, pour ainsi assurer la pérennité de la filière .«  Pour comprendre les enjeux liés à cette plante aromatique et le programme de sourcing éthique de l’ylang ylang chez Givaudan, il faut revenir sur l’histoire de la fleur.

La reine des fleurs, traduction de l’ylang ylang en malais, est issue d’un arbre originaire d’Asie du Sud-Est qui a été introduit dans pratiquement toutes les îles tropicales du Pacifique au nord de l’Australie, en Thaïlande, au Vietnam, dans l’océan Indien (Madagascar, Comores, Mayotte, Réunion, Maurice), dans les Caraïbes et au Costa Rica. Les Comores occupent le rang de premier producteur mondial. Cet arbre produit des fleurs jaunes odorantes quasiment toute l’année. Le choix de Givaudan s’est porté sur l’île de Mohéli dans les Comores en raison de son climat tropical, chaud et humide et de sa petite superficie, « c’est l’île la plus arrosée du coin, elle est très verdoyante et luxuriante, l’ylang ylang y pousse partout et tout le temps, et en plus c’est une île à taille humaine« , précise le nez. En effet, l’arbre s’y épanouit pleinement sous la chaleur des rayons du soleil qui arrosent l’île, pour donner ses fleurs qui poussent ainsi environ 8 mois sur 12.

Alambics. HoneyGaLe CC by-sa 3.0

« Pour récolter l’essence d’ylang ylang, on a recours à la distillation à la vapeur d’eau, une méthode ancestrale qui se fait à l’aide d’un alambic » détaille Olivier Pescheux. Le principe repose sur une méthode douce qui ne dénature pas l’odeur originale et n’implique pas l’ajout de solvant synthétique. Il consiste à chauffer une cuve contenant le mélange d’eau et de fleurs. Transformée en vapeur, l’eau va entrainer les molécules odorantes des fleurs dans un serpentin dont la partie terminale est réfrigérée par une circuit d’eau froide. Ainsi, les vapeurs se recondensent et sont récupérées à la sortie du serpentin sous forme d’un liquide biphase où l’huile essentielle surnage au dessus de l’eau. Après séparation du mélange, on récupère plusieurs fractions d’huile essentielle. « La première, appelée essence extra, obtenue après 3 heures de distillation, est la plus pure et la plus qualitative. On l’utilise en parfumerie de luxe, alors que la troisième sera plutôt destinée à la savonnerie« , détaille le parfumeur.

L’île de Mohéli, riche en sources naturelles d’eau, offre aussi cet avantage pour le processus de réfrigération au cours de la distillation. « Pour chauffer la cuve, les producteurs utilisent une autre ressource naturelle de l’île, le bois de chauffe, qui malheureusement participe à sa déforestation« . C’est ainsi que Diptyque a porté son intérêt sur la replantation de pépinières, d’une part d’ylang ylang et d’autre part, celles destinées au bois de chauffe. La marque, comme Givaudan le fait déjà, s’est alors engagée financièrement, avec le producteur local, AGK, sur 3 ans avec un suivi régulier tous les 3 mois, pour participer ainsi à la reforestation de l’île.

Ramassage des fleurs d’ylang ylang © Givaudan

Pour mener un programme éthique global, Givaudan va plus loin dans son partenariat avec le fabricant local. En effet, il mène un accompagnement de la production, en contrôlant le moment de récolte des fleurs (cueillette des fleurs à maturité), en fournissant des alambics plus modernes, en cuivre notamment pour permettre une meilleure conductivité de la chaleur, également en apportant un support technique pour améliorer le processus de distillation. Et au delà de l’aspect purement olfactif, Givaudan s’implique avec les communautés pour construire des écoles permettant ainsi d’améliorer l’accès (et les conditions d’accès) à l’éducation des enfants de l’île. « L’avantage est que cette démarche profite à toute une communauté car tous les fabricants d’essence des différents villages de l’île, sont réunis en coopérative, chacun amène sa récolte de fleurs et chaque village dispose d’un responsable d’unité de distillation. Ce sont aussi les familles de ces fabricants qui bénéficient de ce programme avec des apports supplémentaires, comme les écoles. »

De sa récolte sur l’île à sa mise en flacon, l’ylang ylang offre un storytelling 100% nature

Ce type de partenariat avec les acteurs locaux, dont Givaudan a la primeur depuis 2007, a un double enjeu. Il permet de sécuriser une source d’approvisionnement sur le long terme, mais il soutient et motive aussi les communautés locales en leur permettant de mieux produire leurs essences et de jouir correctement des bénéfices engendrés par leur production. Les fabricants et l’ensemble des familles impliquées peuvent alors vivre décemment en récoltant « justement » le fruit de leur travail. « C’est une démarche donnant/donnant pérenne à laquelle Givaudan participe depuis son projet sur le bois de santal en Australie, et qu’elle souhaite continuer avec d’autres plantes à parfum. », complète le nez.

 

Lancée au début du mois de juin, l’Eau Mohéli a une histoire pas comme les autres. C’est pourquoi Givaudan forme les vendeuses des boutiques Diptyque en leur contant l’origine de la note, de la cueillette à la mise en flacon. C’est alors une jolie histoire et une histoire vraie qui est ensuite racontée aux consommateurs, leur permettant d’appréhender les enjeux des ingrédients parfumés face au développement durable. Et ce storytelling s’inscrit parfaitement dans une communication responsable que l’on a plaisir à écouter.

A l’inverse de l’opacité qui règne dans l’industrie du textile, l’univers de la parfumerie souhaite faire lumière sur ces producteurs de l’ombre, les accompagner et rendre hommage à leur travail. C’est un retour aux sources avec une mise en avant du savoir-faire et la tradition, propre à la parfumerie de luxe. Mais parce que cette dernière a un prix, il est aussi de sa responsabilité de jouer cette carte de la transparence. Quand on sait que le prix des parfums repose principalement sur les campagnes de publicité faisant appel aux plus grandes égéries, il est de bon ton de mettre aussi à l’honneur les créateurs d’odeur en amont. Et par suite logique de les rétribuer justement pour qu’ils puissent vivre décemment. Seule cette chaîne vertueuse entre les différents parties prenantes peut justifier le prix et le mot luxe, synonyme d’excellence et d’exemplarité.

Portrait bio d’Olivier Pescheux 

Olivier Pescheux © Givaudan


Après avoir étudié à l’ISIPCA, Institut Supérieur International du Parfum, de la Cosmétique et de l’Aromatique alimentaire, Olivier Pescheux a intégré une société grassoise de parfums, Payan & Bertrand, à Bangkok en Thaïlande, puis un an et demi chez Anick Goutal. Il a ensuite travaillé pour le groupe Kao pendant 5 ans avant de rejoindre l’aventure Givaudan où il est un excellent nez depuis déjà 15 ans. Olivier aime travailler les notes de toutes les familles olfactives mais toujours avec un ingrédient « clef », et ses matières préférées sont le Patchouli, la Rose absolue, la Vanille gousses absolue, l’Ambrofix et bien-sûr l’Ylang-ylang.

Pour lui, être un parfumeur responsable, c’est « tout simplement du bon sens dans la gestion de ses créations comme dans sa vie au quotidien« . Concernant les matières premières naturelles, il estime qu’il est important que celles-ci soient « sourcées auprès de partenaires qui respectent les droits sociaux, le non travail des enfants à la cueillette par exemple, et qui respect tout simplement les gens impliqués sur toute la chaîne de création. »

En savoir plus

Ma séance olfaction avec le parfumeur

Après avoir senti l’Eau Mohéli, je me suis à mon entour envolée sur l’île de la Lune et j’ai pu découvrir une note verte (fleurs de violette et de cassis), agrémentée par des épices fraîches et poivrées (baie rose), réchauffée par des accords boisés et balsamiques (patchouli, vétiver, benjoin, fève tonka). A la fois très naturelle et sophistiquée, cette eau florale laissera sur moi plus qu’un sillage parfumé…

Je remercie Olivier pour cette interview fortement intéressante et vous donne rendez-vous très prochainement pour vous raconter le nouveau programme éthique de Givaudan dédié à la lavande made in France

Prix indicatif : 72 euros, les 100 ml 
Existe aussi en roll-on de 20 ml à 35 euros 

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