La RSE chez L’Oréal, l’éco-conception en promesse d’une innovation durable (Episode 1)

Suite à mon dernier article sur l’annonce des engagements du groupe L’Oréal en matière de développement durable et à la rencontre entre blogueuses avec Alexandra Palt, Directrice RSE du groupe, il est grand temps de partager avec vous les dessous de ses engagements parce que…vous le valez bien ! Je vous propose une première dans ce blog, à savoir un petit décodage de leur (premier) rapport Développement Durable (DD) France – que j’espère accessible aux néophytes – qui sera agrémenté du témoignage d’Alexandra Palt et de commentaires perso, of course ! Pour rappel (pour celles qui suivent), je vous avais annoncé les 5 épisodes suivants :

> Episode 1. L’éco-conception en promesse d’une innovation durable
> Episode 2. Des exemples de produits éco-conçus
> Episode 3. Des objectifs environnementaux ambitieux pour une production durable
> Episode 4. De l’offre à la sensibilisation pour une consommation durable
> Episode 5. Le développement partagé à travers le mécénat associatif

Avant de démarrer avec le premier épisode, j’ai bien envie de faire une petite introduction sur le groupe pour re-situer le contexte et constater à quel point, ils sont bigggg ! Vous êtes prêt(e)s, décollage imminent, destination la Planète verte de L’Oréal !

# L’Oréal en quelques mots
Leader mondial de la beauté (mais ça, vous le saviez déjà !), L’Oréal créé des produits cosmétiques depuis 1909 (genre, on n’était même pas encore né(e), ni même conçu(e)), date à laquelle elle introduisait la première coloration capillaire sur le marché. 104 ans plus tard, elle est présente dans 130 pays et représente un chiffre d’affaires de 2,035 milliards d’euros (en 2012) grâce à quelques 12 255 collaborateurs (oui oui, tout ça !). Avec ses 53 marques (désolée pour l’avalanche de chiffres mais c’est important pour situer), elle intervient dans 4 domaines de la beauté : les produits grand public (Garnier, Mixa), les produits professionnels (Kérastase, Pureology), le luxe (Biotherm, Lancôme) et la cosmétique active (La Roche Posay, Vichy). Ainsi, on comprend tout de suite la place importante que L’Oréal occupe dans l’industrie de la beauté et par suite, le rôle exemplaire qu’elle a à jouer en matière de RSE. Par sa taille, on comprend également l’ampleur de ses propres enjeux et ceux pour la planète !

Nuage de mots clé RSE

# La RSE chez L’Oréal en bref
Engagée dans une démarche de RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises) depuis une dizaine d’années – en 2001, elle rejoignait le « World Business Council for Sustainable Development », une association qui encourage les échanges inter-entreprises en RSE -, elle s’efforce de mener des actions socio-environnementales en interne comme en externe. Comprendre tout au long de la chaîne de valeur (interne) mais ce que vous voyez vous, ce sont les produits qu’elle propose (externe). On apprend dans son rapport qu’elle a été nommée « entreprise leader de la responsabilité sociale en France » par Vigeo (groupe de notation sur les démarches liée aux enjeux ESG, environnementaux, sociaux et de gouvernance) et désignée pour la 4ème fois en 2013, parmi les sociétés « les plus éthiques au monde » selon Ethisphere Institute (organisation internationale spécialisée dans le domaine des pratiques d’excellence en matière d’éthique commerciale). J’ai d’ailleurs appris à cette occasion que le groupe avait un Directeur Général de l’Éthique. Et oui, ça ne rigole pas ! Vous saviez vous que de tels postes pouvaient exister ? Moi pas, mais je suis contente de l’avoir appris, je me coucherais moins ignorante. A noter, au passage, que sur les 145 entreprises notées, seules deux entreprises se trouvent sur le territoire hexagonal, L’Oréal et Schneider Electric. Bravo la France !
On ne peut pas dire que L’Oréal ait été précoce en matière de développement durable (la loi NRE en 2001 l’avait de toute façon obligé à s’y mettre, comme tous grands groupes côtés en bourse, pour en savoir plus, c’est ICI) mais elle a déjà pas mal rattrapé son retard et fait un bout de chemin notable. Certains aspects de sa stratégie RSE lui ont été insufflés par les structures qu’elle a rachetées, à savoir :

 

> The Body Shop (un modèle d’entreprise responsable, à l’époque de Dame Roddick, selon moi, sauf si on se penche sur les compositions des produits où il y a encore du boulot !),
> Sanoflore (une des pionnières du bio en France qui a fortement inspiré le groupe en matière de chimie verte) en 2006,
Deux entreprises très engagées en matière de DD (bien avant que les préoccupations se généralisent dans l’industrie) et au savoir-faire manifeste dans le domaine : pour cause, cela faisait partie de leur ADN !
> PureOlogy (entreprise américaine spécialisée dans les soins capillaires professionnels au positionnement haut de gamme et 100% vegan) en 2007.

Comme je vous le disais en introduction, cette année, L’Oréal s’offre son premier rapport de développement durable France (publié en juillet dernier et dont nous avons eu la primeur lors de notre rencontre entre blogueuses, héhé), jusqu’ici à dimension internationale. C’est dire si le groupe a des choses à nous raconter ! Alors soyons à l’écoute et jugeons ensuite. Je me permets de rajouter cela, car « on » aurait tendance à toujours critiquer les marques à tout crin sans vraiment s’informer au préalable (et je vous le dis souvent les filles, il faut se renseigner avant d’acheter !). Cette parenthèse étant refermée, d’après ce rapport DD, le groupe s’est fixé plusieurs axes d’amélioration selon une démarche « progressive » et « progressiste » intégrée à son développement. Le mot progressif est ici important car il ne faut pas s’attendre à ce qu’un groupe devienne 100% vertueux du jour au lendemain quand ça ne fait pas partie de son business model. Cela implique des bouleversements profonds de la chaîne de valeur et comme pour Rome, ça ne se fait pas en un jour ! Le décor ayant été posé, cap sur l’éco-conception de ses produits, ce que L’Oréal appelle « l’innovation durable ».

 

# L’Eco-conception, un gage de produits plus verts
Avant toute chose, je vous invite à en savoir plus sur la signification du terme « éco-conception » à travers l’article que je vous ai rédigé, juste LA. Mais pour celles qui auraient la flemme de lire, c’est une approche qui consiste à créer des produits respectueux de l’environnement en prenant en considération le cycle de vie des produits, comme suit :

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Chez L’Oréal, l’éco-conception est au cœur du processus créatif des produits, soit en amont, au moment où le marketing imagine les produits et où les formulateurs les développent en laboratoire. « On travaille dès le départ sur l’empreinte environnementale de nos formules et notamment sur l’eau. C’est précisément le cas chez Biotherm où la problématique de l’eau est au coeur de la marque donc elle doit être exemplaire. On travaille en interne sur cet aspect mais nous devons aussi dialoguer avec les utilisateurs, c’est pourquoi nous avons créé une appli qui permet de calculer sa propre empreinte en eau« , nous a confié Alexandra Palt. « Notre travail est principalement guidé par la chimie verte et les méthodes de calcul d’empreinte » 100% des matières premières d’origine végétale utilisées sont évaluées pour leur impact potentiel sur la biodiversité. Le groupe préfère s’orienter vers « une approche d’innovation durable, désirable et glamour plutôt que de se focaliser sur le bio » malgré ses quelques marques qui en prennent la route. Leurs principaux axes de travail comprennent alors :

> la sélection d’un maximum de matières premières d’origine végétale*,
> des ingrédients naturels issus de filières responsables,
> l’utilisation de la chimie verte,
> l’optimisation de la biodégradabilité des formules,
> le respect et la valorisation de la biodiversité.

* Ah le fameux « d’origine végétale » que l’on voit souvent sur les packagings, celui-là, je ne l’aime pas beaucoup ! Car il ne donne aucune information sur le processus d’obtention des matières premières, ni sur la composition/nature des ingrédients finaux. Ce n’est pas parce que l’origine est végétale qu’à la sortie (après synthèse de nouvelles molécules), on est toujours dans le naturel (addition de molécules synthétiques et résidus de solvants potentiels).

Je vous propose désormais de rentrer un peu dans le détail du programme DD à travers des focus.

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+ Focus Sourcing +
Le groupe est engagé dans une démarche de sourcing responsable de ses matières premières renouvelables* à travers son programme d’Achats Solidaires lui même issu du programme Buy & Care.

Avant d’aller plus loin, un décodage s’impose : « Sourcing Responsable », « Achat Solidaire », qu’est-ce que ça veut dire exactement, quelle est la différence ? Le premier concerne une démarche globale quand le deuxième désigne le sourcing (= le fait de chercher ses fournisseurs) d’ingrédients naturels endémiques dans des régions généralement pauvres. Concrètement et dit de manière simplifiée, une entreprise lambda met en place un partenariat avec son fournisseur selon des critères socio-environnementaux et économiques que les deux parties s’engagent à respecter tout au long de l’accord. Le fournisseur ou producteur local s’engage à fournir un stock de matières premières issues de cultures gérées dans le respect de l’environnement quand l’entreprise s’engage à acheter la totalité de la production à un prix juste fixé en amont (possibilité de royalties sur la vente des produits contenant les ingrédients), de les accompagner sur les critères établis (ex : développement d’activités annexes, accompagnement technique, construction d’écoles, etc.) dans une perspective durable. Soit la filière d’ingrédients existe déjà et l’entreprise s’assure de son caractère pérenne, soit la société la met en place et la structure comme telle. Vous pouvez consulter un ancien article que j’avais écrit à ce sujet sur les parfums, ICI. Ce qu’il faut bien savoir, c’est que les grands groupes ont tout intérêt à s’insérer dans cette forme de partenariat car cela leur permet d’assurer la traçabilité, la durabilité ET la sécurité de leurs approvisionnements. Cela leur permet de ne pas bénéficier de prix fluctuants et d’avoir une qualité constante de la production. Pour les fournisseurs, selon les modalités, ils s’assurent d’être rémunérés au prix juste, d’un achat régulier (voire exclusif) de leur production, dans le respect de l’environnement et de leur conditions de vie. Le sourcing responsable ou éthique est donc un processus gagnant/gagnant (et même triplement gagnant si on prend en compte la Dame nature !).

* Les matières premières dites renouvelables s’opposent à celles non renouvelables à l’infini comme le sont par exemple les huiles issues de la pétrochimie.

© L’Oréal

 

« Nous nous assurons de la traçabilité de nos ingrédients en travaillant avec des ONG locales. Par exemple, pour l’huile d’argan au Maroc, nous avons mis en place une filière d’approvisionnement équitable en partenariat avec un groupement de coopératives (…) qui a permis de créer un fonds de développement local communautaire : le « fonds tourteau » grâce au développement et à la vente de nouveaux dérivés de l’arganier (arbre qui fournit l’huile d’argan, ndlr) dont l’extrait de tourteaux ou la poudre de noyau (du fruit de l’arganier, ndlr) que l’on utilise dans les scrubs« , explique Alexandra Palt.

Depuis 2006, L’Oréal est membre actif du RSPO (Roundtable on Sustainable Palm Oil, table ronde sur l’huile de palme durable, qui ne veut pas dire grand chose dit comme ça mais il s’agit en quelque sorte d’un ensemble de parties prenantes de la filière qui veille à respecter huit critères concernant l’huile de palme achetée pour « garantir » la durabilité de la filière). 100% de son approvisionnement en huile de palme (responsable d’une importante déforestation principalement en Asie du Sud-Est et en Afrique) est certifié par la RSPO bien qu’Alexandra Palt ne soit pas très optimiste quant au futur de cette table (qui donne lieu à des certifications), jugée inefficace par son manque de contraintes. « Nous voulons travailler plus en profondeur sur cet aspect avec les ONG sur place ». 100% de l’huile de soja utilisée (également mise en cause dans la déforestation) est certifiée durable. Pas de définition officielle à ce sujet mais en gros, c’est le même principe et pour les mêmes raisons.

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Côté beurre de karité, 55% de son approvisionnement sont issus du commerce équitable à travers des partenariats avec des groupements de femmes au Burkina Fasso. La structuration des filières prend du temps mais le groupe y travaille. En 2011 et 2012, le groupe a été reconnu comme « meilleure entreprise pour son système d’approvisionnement durable » par le Forest Footprint Disclosure Project, programme portant sur l’impact des activités des entreprises sur la forêt, un des poumons de la Planète (l’autre étant les Océans). Une performance qu’elle doit à son héritage de Dame Roddick et son engagement passé avec The Body Shop).

 

+ Focus Sécurité +
Bon alors sur cette partie, je ne ferai pas de grand laïus car il est difficile de comprendre clairement les terminologies barbares utilisées. Depuis 2007, encore grâce à l’héritage de The Body Shop (je pense), 100% de leurs matières premières sont évaluées sur des critères d’éco-toxicité (effets toxiques potentiels sur l’environnement), soit par des méthodes de calcul prédictif (va savoir comment ça fonctionne, j’imagine qu’il s’agit du caractère biodégradable des ingrédients d’où le « prédictif », plus ou moins long selon qu’il s’agisse d’une matière synthétique ou naturelle), soit par des tests expérimentaux (plus facile à déterminer sur les végétaux par exemple) mais je ne sais pas trop quels sont les dessous de ces calculs. Concernant la sécurité des produits finis, L’Oréal ne les teste plus sur les animaux depuis 1989 (mais quid des matières premières, aucune indication à ce sujet) et a recours à des reconstitutions de peau humaine…en France ! Et ailleurs ? En Chine par exemple où ces tests sont obligatoires, c’est une autre histoire ! Étant donné qu’ils mangent des chats, des rats, des renards, etc., (non pas L’Oréal, les chinois), ce n’est pas gagné pour changer la législation !

+ Ses engagements à horizon 2020 +
Concernant les deux sujets que nous venons d’aborder, le groupe déclare, je cite « en 2020, 100% de nos produits démontreront un impact environnemental et social positif« . Je note également la volonté que chaque produit développé ait un impact sociétal positif, euh….oui question bien-être, mais faut pas non plus oublier les côtés pervers de l’industrie cosmétique, à savoir, la pression exercée avec les images de perfection qu’elle véhicule…Comme ses consoeurs, L’Oréal reste une entreprise qui a pour vocation de produire « plus, toujours plus », il s’agira donc de produire « mieux » et « avec moins » : le chemin sera long et sinueux. Avec des formules qui contiennent pléthores d’ingrédients (dont beaucoup n’apportent rien à la peau, biologiquement parlant), avec ses X fournisseurs, ses X nouvelles molécules développées en interne ventant monts et merveilles,qui nécessitent X batteries de tests de sécurité, le chemin sera même très long et sinueux. On aurait (presque) envie de dire : ne pourrait-elle pas capitaliser sur l’existant et faire autrement ? Non, je ne crois pas que ses actionnaires seraient d’accord 😉 Laissons-lui tout de même le temps de s’améliorer. Après tout, serait-il vraiment juste de se contenter de critiquer quand on plébiscite ses produits depuis une centaine d’années..?

# Le mot de la fin 
Il est bien évident que L’Oréal n’est pas une entreprise dont le business model est basé sur le développement durable et je ne pense pas qu’elle soit sur le point de le révolutionner mais…Elle a choisi de racheter les quelques entreprises précédemment citées pour lesquelles c’est plus inné, qui l’ont mise sur le bon (et droit) chemin et a depuis bien progressé. Avec l’arrivée d’Alexandra Palt à la tête du DD, au parcours impressionnant – dont la création d’une agence de conseil stratégique en responsabilité sociétale et diversité, un passé de deux ans à la HALDE (Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité) en tant que Directrice de la Promotion de l’égalité, trois années au sein de IMS – Entreprendre pour la cité – comme Responsable du Département Diversité -, j’aurai tendance à penser (et à espérer) que le meilleur est à venir !

La suite au prochain épisode !

Crédit photos : © L’Oréal

2 réponses à "La RSE chez L’Oréal, l’éco-conception en promesse d’une innovation durable (Episode 1)"

  1. Anonymous
    Anonymous 4 années plus tôt. .Répondre

    20.35 miliards je crois…

  2. Carole Marchais
    Carole Marchais 4 années plus tôt. .Répondre

    Bonjour Anonymous,

    Oui au niveau mondial mais en France, c’est 2,035 dixit le rapport de DD, je n’ai fait que recopier 😉

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