Et si on (ré)inventait la cosmétique en refaisant une beauté aux ressources alimentaires?

Avec des bénéfices qui progressent depuis plus de quarante ans sans interruption, l’industrie des cosmétiques est loin de connaître la crise. Partout dans le monde, les femmes, et désormais les hommes, consomment à l’envi des produits pour se (re)faire une p’tite beauté, chouchouter leur peau et se sentir bien. Et si pour se sentir mieux, on permettait aussi à nos fruits et légumes déchus de se refaire une beauté pour le plus grand plaisir de leurs peaux… et de la nôtre ? Comment (ré)inventer la cosmétique tout en limitant le gaspillage alimentaire, tel est l’objet de mon article de ce jour.

Chaque année, 30 à 50% des quatre milliards de tonnes d’aliments produits dans le monde ne finissent pas dans nos assiettes. A côté de ça, 25% de la nourriture produite est jetée à la poubelle, encore emballée ! En France, on jette en moyenne 20 kg de nourriture par an et par habitant, dont 7 kilos d’aliments non déballés. Pas joli joli tout ça ! Et selon le rapport Global Food « waste not, want not« , publié en janvier 2013 par l’Institution of Mechanical Engineers (IME), les pays industrialisés seraient les plus mauvais élèves en la matière. En cause, des dates de péremption inutilement rigoureuses, une abondance alimentaire qui ne craint pas la pénurie et les exigences de consommateurs privilégiant la valeur esthétique d’un produit à sa valeur nutritionnelle.

 

Et pourtant, redonner vie aux déchets et ainsi lutter contre le gaspillage alimentaire, Yes We Can ! C’est sur ce principe que la cosmétique pourrait se(re)inventer. Certains industriels l’ont déjà fait, j’vous raconte !

 
L’exemple le plus connu est celui de Caudalie qui a trouvé un débouché intéressant aux résidus organiques de la fabrication viticole, les pépins de raisin. Je vous en avais déjà parlé dans un article que vous pouvez consulter ICI. C’est suite à la rencontre avec un chercheur de la Fac de Pharmacie de Bordeaux qui avait expliqué aux deux créateurs de la marque, les vertus des pépins de raisin et de la vigne en général, qu’ils ont décidé de se lancer dans la cosméto. Extraction des polyphénols des pépins, du resvératrol des serments de vigne, de la vinolevure de l’écorce de levure du vinou encore de l’eau de raisin en provenance des vendanges, chez Caudalie, rien ne se perd, rien se créé, tout se transforme !

Toute jeunette, on connait un peu moins cette nouvelle marque arrivée sur le marché des cosmétiques bio en 2012, Kadalys a choisi de redonner vie aux bananes jaunes et vertes impropres à la vente. Tailles non conformes, désagréments esthétiques, ces bananes qui devaient finir à la poubelle ont alors été récupérées pour en conserver le meilleur. Pour ce faire, l’enseigne travaille avec des producteurs de bananes en Guadeloupe et Martinique, et un laboratoire de recherche à Montpellier qui en extrait des polyphénols et des phytostérols aux nombreux bienfaits pour la peau.

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Dans le même esprit, six étudiants de la London School of Economics ont développé le concept BeautyFru destiné à redonner vie aux déchets organiques (épluchures de légumes et fruits, ou en cours de péremption) pour créer des produits cosmétiques. En récupérant ces produits impropres à la consommation dans les restaurants, hôtels et commerces, ils souhaitent démontrer les vertus de l’up-cycling. Leur projet baptisé Hello, en attente de financement, a été présenté lors du LH Forum (3 jours d’échanges et de partages pour enrichir une économie positive, à (re)voir ICI) et sera peut-être l’heureux gagnant du concours 2013. On leur souhaite vivement !

Les étudiants se sont inspirés de Rubbies in the rubble, qui produit des confitures et des condiments à base de détritus. « L’objectif de BeautyFru est de diminuer les déchets et d’éduquer les gens en leur montrant que ce qu’ils jettent peut avoir de la valeur. L’idéal serait que grâce à nous, lorsqu’ils mangent une banane ils ne se contentent plus de jeter la peau mais qu’ils se disent, « hum, qu’est-ce que je pourrais faire avec ?‘ », selon Angus Cepka, l’un des porteurs de projet.

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Au-delà de la limitation du gaspillage alimentaire, les étudiants ont réfléchi à l’impact social et environnemental de ce projet innovant. Ils souhaitent, par exemple, créer un réseau local entre restaurateurs, consommateurs et jeunes à la recherche d’un emploi qui participeront à la création des produits. Ils prévoient même de sélectionner des produits exempts de pesticides et engrais synthétiques, « Nous tenons absolument à ce que les produits soient d’origine biologique« , précise Angus Cepka. Un beau projet porteur de sens dans ce monde où tout se consomme et se jette à un rythme effréné.

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Si vous aussi, vous êtes sensibles au gaspillage alimentaire, vous pouvez prendre contact avec les associations qui récupèrent les invendus grâce à la plateforme collaborative Equosphère.

Sources : Up-MagazineLH Forum, Amabilia et Vie Saine Magazine pour la première photo.

5 réponses à "Et si on (ré)inventait la cosmétique en refaisant une beauté aux ressources alimentaires?"

  1. Jean de La ville rose.
    Jean de La ville rose. 4 années plus tôt. .Répondre

    Il me vient une idée folle; et si l’on produisait des aliments pour nourrir tout le monde au lieu de produire en vue de créer une dépendance et pour faire de l’argent…?
    Pour une utilisation cosmétiques, peut-on aller plus loin qu’une simple idée éthico-marketing? oxydation, conservation…

  2. Carole Marchais
    Carole Marchais 4 années plus tôt. .Répondre

    Bonsoir,

    Pas mal votre idée folle 😉

    Pourriez-vous nous en dire plus sur votre avis cosmétique ? Cela vous paraît une idée éthico-marketing ? Pourquoi donc ?

  3. Jean de La ville rose.
    Jean de La ville rose. 4 années plus tôt. .Répondre

    Utiliser les déchets organiques pour créer des produits cosmétiques demanderait un traitement assez drastique de ces ingrédients afin d’éliminer les molécules oxydées (rancissement des corps gras) et limiter la prolifération des microorganismes (bactéries, moisissures).
    Au final, l’aspect «naturel» serait donc en grande partie limité au discours; d’où l’utilisation du terme éthico-marketing.

  4. Anonymous
    Anonymous 4 années plus tôt. .Répondre

    Oui, et on ne parle même pas de la pollution qui se concentre la peau des fruits : qui veut s’étaler du concentré de pesticides sur le corps tous les jours ???

  5. Carole Marchais
    Carole Marchais 4 années plus tôt. .Répondre

    Bonjour Jean,

    Tout dépend de ce que l’on appelle déchets, il ne s’agit pas d’utiliser des denrées périmées mais plutôt des denrées non propres à la conso (comprendre pas assez « esthétiques » pour être vendues).

    Bonjour Anonymous,

    J’ai envie de vous répondre, les mêmes que ceux qui font le choix du non bio 😉

    Si on veut aller jusqu’au bout de cette idée d’économie circulaire, il faut espérer que les « déchets » utilisés soient sains et propres à la consommation version beauté ! D’ailleurs, si on était logique, nous les utilisateurs de cosmétique, on devrait pouvoir manger ce qu’on s’étale sur le corps, non ?

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