{Rencontre} Des Soins & Des Liens, la cosmétique au service du lien social by Anne Zavan, Directrice RSE chez Beiersdorf

Dans le cadre du 6ème Beesday* qui portait sur l’Intrapreneuriat Social, j’ai eu l’occasion de découvrir un projet cosméthique novateur, porté par Anne Zavan, Directrice RSE du Groupe Beiersdorf (Nivéa).  C’est sur un ton déterminé et très enjoué qu’elle nous a raconté les dessous de « Des Soins & Des Liens » : un projet personnel qu’elle a mis sur pied grâce à une foi inébranlable et l’envie de créer pour les autres. J’ai eu également la chance de pouvoir échanger avec cette passionnée par la suite afin d’en savoir davantage sur la teneur du projet. Je vous propose ainsi de découvrir le témoignage d’Anne Zavan et l’histoire de « Des Soins & Des Liens », un projet empli de bienveillance, de lien et de bien.

* Des rencontres entre blogueurs et entreprises, destinées à polliniser les bonnes idées – porteuses de changement – sur la toile, organisées par Lucie Gaudens et Pierre-Yves Sanchis. En savoir plus.

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# Qu’est-ce que l’Intrapreneuriat Social ?


Il s’agit de projets à vocation sociale/sociétale ou environnementale, initiés par des salariés qui s’appuient sur les ressources de l’entreprise et offrent de nouveaux débouchés à l’extérieur. En cohérence avec le secteur de la société, ces activités bénéfiques pour la collectivité peuvent profiter à l’économie sociale et solidaire, une fois devenues rentables.

Dotés d’une fibre entrepreneuriale et sociale, et armés d’optimisme, ces salariés souhaitent donner du sens à leur métier (et à la vie des autres). Déterminés, ils savent convaincre leur direction, et développent leurs initiatives tout en menant de front leur emploi.

Bien-sûr, il ne s’agit pas d’une action purement philanthropique pour l’entreprise qui y voit son intérêt à long terme, mais le processus est gagnant/gagnant : l’épanouissement et la motivation du salarié sont décuplés alors que la réputation et les produits/services de la société sont mis en valeur. Si ces initiatives sont encore très marginales en France, elles sont le signe qu’une nouvelle société est en marche, celle où cohabitent vie professionnelle et vie privée. Mais également bénéfices et impacts positifs (qu’ils soient sociaux ou environnementaux), à l’intérieur, comme à l’extérieur de l’entreprise !

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# Portrait d’Anne Zavan, une salariée pas comme les autres


Anne Zavan est directrice RSE (Responsabilité Sociale et Environnementale) chez Beiersdorf, une entreprise allemande qui commercialise les marques de beauté Nivéa, La Prairie et Euceryn. Elle travaille pour le groupe depuis 2007, où elle a commencé comme Chef de Groupe Marketing, puis Directrice Média et Marketing avant d’être nommée Directrice Marketing Services. Très sensible aux problématiques sociales, alors qu’elle avait déjà mis en place plusieurs projets solidaires, elle se voit naturellement confier le poste de responsable RSE en Août 2012. Elle est chargée de déployer et adapter en France les politiques et initiatives du Groupe Beiersdorf en matière de RSE. Elle est également responsable des programmes développés spécifiquement en France tels que l’Observatoire Nivea.

Valeurs personnelles, fonctions professionnelles et projet d’intrapreneuriat social convergent vers une même appétence : il n’y a pas de doute, la vocation d’Anne Zavan est bien de créer des soins et des liens.

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# La genèse du projet « Des Soins & Des Liens »

 

Plusieurs éléments déclencheurs sont à l’origine du projet. « D’abord, j’ai été très touchée personnellement par le désastre de la canicule de 2005 sur les personnes âgées mais aussi par le licenciement des vendeuses de la Samaritaine« , nous confie Anna Zavan. Ces deux événements dessineront les grandes lignes de son projet : agir pour les personnes âgées et pour l’emploi. « Ces deux sujets ont muri en moi jusqu’au moment où je me suis dit que je regretterais de n’avoir rien essayé de faire », explique-t-elle.

Également préoccupée par notre modèle de société basé sur l’avoir au détriment de l’être, où la perte de liens est de plus en plus prégnante, Anne Zavan s’interroge alors sur la possibilité de développer une économie relationnelle. Sa réflexion sur les diktats de la jeunesse et de la beauté qui concourent au culte de l’apparence ont alors donné matière à son projet. J’en profite pour faire une petite parenthèse sur ce sujet car je suis moi-même interpelée par ces problématiques. En effet, quand on voit que certaines marques n’hésitent pas à promouvoir des slogans qui prônent l’interdiction de vieillir, j’apprécie de voir que d’autres, à l’instar de Dove, mettent en lumière toutes les formes de beauté, âge et rondeur comprises : voir mon dernier article sur leur campagne. Parenthèse refermée.

Baignant en plein dans l’univers de la beauté, les produits sont son quotidien, elle remarque que les séniors abandonnent leur utilisation, résolus d’en avoir terminé avec la beauté. Et pourtant, « il faudrait (re)connecter la beauté physique et la beauté intérieure, comme le sont le corps et l’esprit. », s’exclame-t-elle. Prendre soin de son physique, c’est bien, mais c’est encore mieux, si on prend également soin de sa forme et de sa vitalité intérieures. « Je pense que cest très important de remettre la personne au cœur de l’esthétique, dans la bienveillance et le non jugement » renchérit-elle. « Je crois que la jeunesse est un état qui passe pour tout le monde, alors que la vitalité est une force, la force de vie, qui existe tant qu’on est vivant et c’est cela qui m’intéresse », conclue-t-elle.

Précarité, perte de liens et pression esthétique, ces 3P raisonnent comme une évidence : elle créera de l’emploi, du lien, ainsi que l’accès à l’esthétique, choisi et assumé, pour toutes, surtout pour les personnes avancées en âge ! Un service d’Esthétique Vitalité pour les séniors est sur le point de voir le jour… 

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# De l’idée à la mise en œuvre du projet 

 

Maturé depuis 2004, c’est au cours de l’année 2011 que son projet prendra un tournant décisif. Car animée de sa fibre sociale et de son énergie indéniables, de sa soif d’être utile et d’entreprendre pour le bien-être d’autrui, Anne Zavan n’aura pas eu de mal à convaincre son comité de direction pour initier ce projet deservice d’Esthétique Vitalité.

L’objectif, faciliter le lien et l’insertion professionnelle, tout en apportant un regard alternatif sur les pratiques esthétiques. Concrètement, l’idée est d’un côté d’aider « préventivement » les femmes séniors à conserver une bonne qualité de vie et à redynamiser leur vitalité à travers des soins et des liens. De l’autre, il s’agit de créer des débouchés professionnels à des esthéticiennes en temps partiel et leur permettre l’accès à une spécialité en psychologie de la personne qui avance en âge, toujours à travers des soins et des liens.

D’un côté comme de l’autre, en combinant le bien-être esthétique et le bien-être psychologique, elle souhaite redonner confiance à des personnes, leur apporter des moments de rencontre et de plaisir pour maximiser leur vitalité.

Une fois le « go » obtenu, avec une conviction que rien ne pouvait arrêter, Anne Zavan s’est associée à des personnes de qualité pour créer une association qui signera le début de son aventure. Cosmétologue, psychotérapeute, psychologue clinicienne, chercheurs et esthéticiennes, tout ce petit monde contribue chacun dans son domaine à l’avancée du projet. « Pour les socio-esthéticiennes , je souhaite développer des liens avec les principales écoles de socio-esthétique afin de leur propose une formation complémentaire et la possibilité d’exercer le service d’Esthétique Vitalité ».

Depuis, elle consacre 20% de son temps à ce projet et organise des ateliers avec des psychosocio-esthéticiennes autour de l’utilisation de produits de beauté et des gestes qui vont avec. Pendant ces séances, organisées en groupe de 8 femmes, elle allie ainsi esthétique et psychologie positive où « les produits cosmétiques sont très utiles pour se relier à soi-même » nous explique Anne, et « je voudrais les réconcilier avec l’être, afin de remettre la personne au centre, et ne pas seulement considérer l’apparence ». Selon Anne Zavan, la singularité et l’esthétique personnelle, choisie, font la beauté d’une personne. « Pour moi, l’esthétique et la cosmétique doivent être choisies et non imposées de l’extérieur, et former un couple singulier avec la personne donc il est important qu’ils aient un sens pour elle. »

Elle finira par cette phrase qui m’a beaucoup plu, « j’ai envie d’encourager chacun(e) à reprendre la main, je ne fais pas la guerre aux cosmétiques ni à l’esthétique, au contraire, bien vécus, ils peuvent faire plaisir et du bien, et ce n’est pas interdit ! ».

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# Deux ans après, son projet est plein de vitalité


 
Les ateliers s’enchainent et ne se ressemblent pas. Côté clientes, entre première séance de maquillage pour les unes, de gymnastique faciale pour les autres, où les produits Nivéa et Eucerin sont bien-sûr au centre du projet, les femmes vivent leur atelier avec fierté, dans la joie et la bonne humeur. Comme en témoignaient tous ses sourires aux lèvres sur les photos que nous a montrées notre porteuse de projet. Côté esthéticiennes, ces femmes bénéficient ainsi d’un débouché à leur formation et de la possibilité d’acquérir une nouvelle spécificité. Côté entreprise, une meilleure connaissance d’une cible porteuse pour savoir comment s’adresser à celle-ci, dont on sait qu’elle représente un important marché pour les années à venir. Ce projet d’intrapreneuriat social permet également d’accroître sa notoriété, celle de ses produits, par suite, une bonne réputation. Et tout le monde est gagnant dans l’histoire !

Aujourd’hui, « le bilan de ce projet est plutôt très positif, les femmes sont satisfaites de ce service, malgré des optmisations à apporter du côté de la formation en psycho-socio-esthéthique« , confie Anne Zavan. Elle se réjouit de la convention qu’elle a réussi à signer avec la Caisse Nationale d’Assurance Maladie d’IdF et de nouveaux partenariats à venir pour le 2ème semestre de l’année. Elle devra présenter cette expérimentation en septembre prochain à l’entreprise. Quelque soit l’issue, le projet avancera. Elle prévoit de recruter un groupe de 8 socio-esthéticiennes et de contracter de nouveaux partenariats avec des structures intermédiaires en 2014. Passionnée et fédératrice, Anne Zavan mènera son projet comme une chef, pas de doute…Souhaitons-lui donc bonne chance ! 😉

Et pour finir, en bonus, une jolie recommandation d’Anne Zavan, à qui j’ai demandé si elle souhaitait ajouter un petit quelque chose pour mes lectrices. Ce à quoi, elle nous a répondu, « Je voudrais donner à vos lectrices ma recette de BB Crème : émulsionner du Bien-être et de la Bienveillance, à utiliser sans modération. On dirait bien que la BB Cream a encore de beaux jours devant elle, tout comme Des Soins & Des Liens !

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